Fin de semaine dans la foule

Par yansanmo

2018-08-21 15:47:08

J'ai terminé une semaine épuisante de travail jeudi. Ce n'était pas une semaine "normale" pour le marché du travail, mais mieux que dans mes habitudes. Je ne travaille/charge toujours pas assez d'heures selon mes propres objectifs (imaginaires). Quelques corrections et ajustements du code vendredi, mais rien de sérieux. Ensuite, il y a eu la visite de la famille vendredi soir jusqu'à samedi. J'ai marché avec ma mère en parlant d'architecture jusqu'au Parc Lafontaine. J'aime bien essayer de deviner les années de constructions des bâtiments ou identifier les éléments semblables dans un quartier (les briques brunes de la rue Sherbrooke). Ça lui a fait rappelé des souvenirs pour le parc, la rue et l'hôpital. Il paraîtrait que mon cousin est né à Notre-Dame. Fin de la soirée avec Nemo à la télévision. J'ai pensé à la fin qu'il n'y aurait pas eu de film si les gens étaient véganes. Pas de pêche, pas de séparation père/fils, pas de poissons dans des aquariums de dentistes. Aussi, j'ai eu une petite pensée sur le fait qu'il y a eu une hausse de l'exploitation des poissons-clowns après le film. Monkey see, monkey want.

Samedi, après une petite marche à l'épicerie, je suis allé au Vegan Meetup dans le parc Père Marquette. Je suis arrivé vers 11:40, le début était 11:30. Il n'y avait personne dans le parc. Je me suis assis sous un arbre, mais j'ai pensée que c'était peut-être l'autre côté d'une colline. Je monte sur la colline, personne, je redescends et je m'assis sous un autre arbre. 11:50, des personnes arrivent, mais ça semble être une famille. Je regarde, mais je ne suis pas encore convaincu que je devrais leur demander. Un peu plus tard, quelqu'un qui cherchait se rapproche de la "famille", bon, ça doit être le meetup. Je range mes affaires dans mon sac, je vais leur demander. Il semble parler anglais, donc j'essaie mon anglais (pas très bon). C'est là. Je serre des mains, je me présente, les gens disent leur nom. Je ne retiens aucun... En fait, ça me prends au moins 5 rencontres pour retenir correctement un nom. Je n'ai pas une très bonne mémoire à court terme, je retiens plus facilement des concepts, appris à répétition ou bien des histoires. Et pendant que j'écoute les gens, je ne peux pas me répéter, en mantra, les noms. Je n'avais vu personne de ce groupe. En fait, après discussion, il semble que personne de ce groupe n'a assisté aux autres potlucks de cet été. J'ai mangé ma sandwhich, mes carottes et mes croustilles de maïs. Les sujets allaient dans toutes les directions en français et en anglais. Vancouver, boulot, programmation, bouffe pour chat, cinéma, jokes véganes, location d'appartements. Je suis resté jusqu'à la fin. Et puis, certains allaient peut-être au popup végane du F-MR.

Je reviens à mon appartement à pied, je m'habille pour faire du vélo, je gonfle les pneus. Je le descends des escaliers, direction piste cyclable sur Rachelle. Tout allait assez bien jusqu'au Vieux-Port. Toujours le même problème à cet endroit. Je n'hésite plus à dire "Excusez, Sorry, Piste Cyclable" comme un vendeur d'arachides dans un stade de baseball. Toujours à une vitesse raisonnable bien attendu (quasi-arrêté). Ensuite, il y a moins de problème de touristes, par contre, c'est dur sur les freins car chacun à son propre rythme. Je me rends à la station F-MR. C'est que pour les piétons. Beaucoup de vélo stationné un peu partout... Il manque de support/bornes pour les attacher. Je regarde un peu à travers les grilles. Bon, je vais continuer vers l'ouest sur la piste cyclable. Je continue, continue. Tiens, ils ont réouvert la piste du canal de l'Aqueduc. Continue. Je trouve un groupe qui va à une vitesse moyenne, je reste derrière un bout. Quelqu'un les dépasse, je les dépasse. Je continue encore. Hum... me voilà à Lachine. C'est vraiment facile de pédaler aujourd'hui. Je vais jusqu'à la péninsule. Beaucoup de bateaux, des goélands, une fête. Ça ne fait pas très Montréal, on se dirait dans une colonie de vacances. Une petite pause pour les jambes et je pars dans la direction opposée.

Ouff... un vent d'ouest. Ah, c'était pour ça que c'était si facile tantôt. 20km pour le retour, épuisé dès le premier 5 km du retour. Je ralentis, je gère mon énergie. Même paysage. Je retrouve le groupe de tantôt et je les dépasse à nouveau. Argg... le Vieux-Port. Bon, cette fois si, je prends Maisonneuve, puis j'attaquerai la côte à la fin.

Il est 17h00. J'ai raté la diffusion en directe de TMRO. Pas grave, il y a la rediffusion complète sur Twitter :-) Toujours aussi intéressant de les retrouver. Nouveau format pour TMRO Science, c'était un peu court pour l'entrevue. J'aimerais bien trouver quelqu'un qui aimerait regarder cette émission avec moi, m'enfin, je vais savourer seul.

Dimanche matin, je me prépare en avant midi pour la marche. Ça fait deux ou trois qui ont invités les végans dans les potluck/meetups/vigiles à y aller. Je vais y aller par solidarité contre l'homophobie, la véganophobie, le spéciste et le patriarcat. Vers 11:00 je demande c'est où car l'adresse qu'ils ont donné n'existe pas (en plein milieu de la rue). Ils donnent une adresse paire, donc c'est au sud de la rue. Mais un commentaire dit que c'est au nord. Je sors du métro, par la mauvaise sortie, je vais dans la mauvaise direction. Quand je vois que la rue monte et qu'il y a la montagne, je reviens sur mes pas, je vais dans l'autre direction. J'arrive vers 12:00 près du parc, il y a un gros rassemblement où on distribue des chandails de toutes les couleurs. Beaucoup de chandail vert, des chandails rouges... peut-être les végans? Le plus que je m'approche, le moins que je trouve ça normal. Il y a des gardes du corps.. une foule entoure une personne... Bah, c'est juste le premier ministre Couillard (PLQ). Je prends du recul du groupe pour essayer de trouver l'autre groupe. Les gardes du corps ne semblent pas apprécier que je sois à l'extérieur de leur périmètre. Je vois deux t-shirt blanc de l'autre côté de la rue. Je traverse, c'est eux. Ils attendent des gens, car ils ont changé le lieu de rassemblement. Quelques personnes arrivent. Je jase un peu avec Rick en sortant mon anglais encore. Un groupe part vers le nouveau lieu de rassemblement. Tiens, y'a des gens que j'ai déjà vu dans les potlucks. J'achète un chandail ma voix pour eux, je roule mon t-shirt et je le mets dans une poche des mes pantalons cargo. Chandail blanc, pantalon noir, très discret. On attends au soleil... Il fait chaud. J'aurais dû m'apporter une bouteille d'eau. Après un moment, on se déplace encore, on entre dans la parade, en arrière de Walmart, à côté d'un bateau dragon et de vikings. Hum... de la fausse fourrure, du cuir, des plumes... Au moins, y'a de la musique et du soleil. On m'avait dit que la parade commencerait à 14:00, elle a commencé vers 14:30 je crois.

Plusieurs bannières et drapeaux étaient dans le groupe végane. AVM, ma voix pour eux, contre les abattoirs, des animaux de fermes avec des coeurs et beaucoup de drapeaux arc-en-ciel. D'ailleurs, le drapeau arc-en-ciel est intégré dans le logo de ma voix pour eux. Je ne sais pas si c'était parce que j'étais fatigué d'attendre au soleil pendant 2h30, mais quand des membres ont déroulé la longue bannière rouge avec des animaux noirs dessus (porté par 8/9 personnes), ça m'a bouleversé. J'ai tout de suite pensé au sang des animaux, à la violence fait envers tous les groupes discriminés, pour leur race, leur orientation sexuelle, leur genre, leur idées. J'ai perdu le sourire et ma bonne humeur. Pendant, la marche je regardais en avant. Le bruit était étourdissant, j'avais mal aux oreilles, j'avais du mal à être autour d'autant de gens. Il faut dire que je passe la plupart de mes journées isolé devant un ordinateur, sans voir quelqu'un. J'ai gardé le silence durant toute la marche en me rappelant pourquoi j'y étais. Contre la discrimination. Contre les préjugés. Contre la souffrance inutile. Une personne avec des queux d'animaux (fourrures) sur son chapeau marchait avec le groupe. Nous n'avons rien dit. Il/elle est parti un peu plus loin durant la marche. J'ai entendu dans la foule "J'aime le steak". Je n'ai rien dit. J'ai entendu des "vegan power" dans la foule, j'ai levé la main en faisant un "V". On a marché jusque devant la tour de Radio-Canada. Puis on s'est retiré sur le côté pour prendre une photo. Refusé le snack donné par les organisateurs (Refusé du Zéro-Déchet)... Les autres ont vite compris que ce n'était pas vegan (il y avait du miel). Épuisé, je me suis assis sur le trottoir dès que j'ai pu.

Certaines personnes sont parti au F-MR, certaines aux restaurants, certaines à une vigile. Je suis rentré à mon appartement, j'ai pris une douche, j'ai soupé. Puis je suis reparti au popup végane, cette fois-ci à pied/métro. En chemin, j'ai essayé d'aidé un couple (personnes âgées) pour des directions routières en anglais, le conducteur m'a montré une carte papier et j'ai oublié de sortir mon téléphone ou de lui dire qu'il pourrait y avoir des travaux en chemin. Vers 18:00, il n'y avait pas grande monde, c'était "vedge" :-p J'ai cherché quelques personnes de la parade, j'ai fait signe à une personne que j'ai reconnu. J'ai exploré le terrain, regarder le canal, monter sur la plateforme, observé les alentours en essayant de ne pas être dans les prises de photos en arrière. Je suis redescendu, j'avais soif. Il n'y avait pas de kiosque avec des jus ou des fruits, du moins, pas sans aller vers le bar. J'ai pas voulu m'approcher de là. Rick m'a reconnu, je me suis assis avec eux. Puis, après on a commencé à jaser avec les gens d'Herbivores et ceux du kiosques du refuge. Dès gens très sympathiques. Encore une fois, j'oublie les noms. J'ai acheté une bouteille d'eau, j'ai aidé à défaire les chapiteaux puis j'ai assisté au film sur le sida en France. Il y avait certains rapprochement avec le véganisme, le militantisme, la prise de paroles pour que les gens vois la souffrance, les débats internes. M'enfin, c'est tout à fait différent aussi. La majorité des militants dans le film se battaient pour leur propre vie en étant rejeté par la société autour d'eux. Nous, c'est pour la vie des autres autour de nous. Un film pour dénoncer l'aveuglement volontaire, pour afficher la souffrance, pour dénoncer l'inaction.

Le film s'est terminé vers 23:00, fin brutale, comme la mort, silence de la foule après la projection. Il y avait un autre film dans le vieux port qui faisait concurrence au loin. Je suis reparti vers le métro, très fatigué de ma journée, affecté par le film. Gelé parce qu'il commençait à faire froid en t-shirt.

Arrivé à Berri-Uqam, je me suis demandé si je devais continuer et marcher, continuer et prendre l'autobus ou prendre la ligne verte. J'étais fatigué, le plus simple était de prendre la ligne verte. J'embarque dans le métro, je m'accote sur la porte arrière. Je remarque une jeune fille/femme en train de pleurer, ou du moins, qui essaie d'arrêter de pleurer. Je commence à me poser des questions dans ma tête. Quelle âge elle a? Est-ce qu'elle a du chagrin, est-ce que c'est à cause d'un décès, d'une rupture amoureuse, d'une fugue? Est-ce que je devrais lui demander? Est-ce que c'est trop indiscret? Est-ce que je vais lui faire peur? Pourquoi personne autour qui était là avant moi ne réagit? Rendu à une autre station, elle semble appelé quelqu'un? Le 911? Urgence-santé? Le métro repart... Nouvelle station, elle rappelle? Elle semble parler d'hyper-ventilation, elle a chaud. Dans ma tête, je me demande: pourquoi elle ne débarque pas à une station? C'est moins chaud en dehors du wagon, hyper-ventilation, il faut un sac brun, j'ai pas de sac sur moi et ma bouteille d'eau est vide. Est-ce que je peux intervenir même si j'ai aucune compétence médicale? Est-ce qu'elle va débarquer à l'autre station? Est-ce que je devrais crier pour demander l'aide d'un docteur ou d'une infirmière? Est-ce que c'est une urgence pour arrêter le métro? Mais elle semble déjà être en contact avec une intervenante au téléphone. Est-ce que les secours arrivent? Je suis confus, l'ingénieur en moi essaie de trouver une solution complète avant d'agir. Je suis figé. Ma station arrive... je débarque, le métro repart, j'ai rien fait, je me sens mal. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. J'ai des remords. "Un film pour dénoncer l'inaction". Je suis coupable.

Il faut que je commence à agir, à foncer. Je me sens si seul. J'ai peur d'être toujours seul.


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